18 juin 2015

Journal de Corse...

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LE *CIRQUE*, PIÈGE AU FOND D'UN ENTONNOIR MINÉRAL

Voici un article paru dans le journal de la Corse quand j'ai pu le lire en fin PM aujourd'hui... impressionnant!!

Le drame du GR20 nord s'est produit sur son site le plus redouté.  I Cascitonni, communément appelé le Cirque de la Solitude, est une épreuve pour le randonneur qui l'affronte entre la vallée d'Asco et le massif du Cinto.

Il est toujours difficile de faire la part des choses entre histoire et légende, mais les vieux bergers rompus aux épiques transhumances d'autrefois ont longtemps évoqué ce temps-là.  Le mouflon, bien plus abondant qu'aujourd'hui, était chassé jusque dans le cirque de la solitude.  Abattu sur ses pentes vertigineuses, l'animal dévalait toujours jusqu'au fond du gouffre, là où le contact entre versants nord et sud tient lieu de cassure topographique brutale.  Le randonneur sait ce qu'il risque s'il fait un faux pas, s'il prend un appui malheureux sur les pierres forcément instables.  Bienvenue au coeur du GR 20 Nord.  La partie la plus escarpée, la plus physique et bien sûr la plus technique.  Le Cirque est un juge de paix.
Au petit matin, ceux qui quittent le refuge d'Asco au nord, ou celui de Tighjetto au sud, ne l'abordent pas toujours comme on relève avec enthousiasme un défi athlétique. Il suscite souvent l'appréhension. 
François Tomasi, accompagnateur en moyenne montagne commmence par définir très simplement le site pour que ceui qui ne l'a jamais vu puisse se l'imaginer. C'est un entonnoir minéral.  C'est le point noir du GR. C'est le périmètre de la concentration de tous les dangers que l'on peut trouver en montagne.  Il est encore plus dangereux quand un randonneur progresse avec un sac qui pèse au moins 15 kg.  L'appui sur un caillou peut alors poser problème.  Dans la descente, le danger vient toujours de l'arrière.  On est jamais à l'abri d'une pierre que d'autres marcheurs peuvent faire partir.  Et quand ça part sur une pente aussi abrupte, mieux vaut ne pas se trouver en dessous. 

Là où stress et vertige se confondent.
En égard à sa réputation d'épouvantail du GR 20 et aux miliers de randonneurs qui le traversent chaque année, le cirque de la solitude n'est paradoxalement pas le lieu où l'on recense de très nombreux accidents.  A la lumière du drame qui vient de se jouer, le plus grand des risques vient pourtant d'y être révélé dans des circonstances tragiques, être pris dans un vrai piège quand les éléments se déchaînent.  
Visiblement les infortunés randonneurs se sont retrouvés au plus mauvais endroit à l'instant le plus défavorable....
Le stress et le vertige sont communicatifs.  J'ai vu des gens relativement à l'aise sur le site, malgré les difficultés, perdre leurs moyens en se retrouvant au contanct d'autres randonnerus tétanisés.

Au delà de ses pentes qui sollicitent les appuis et mettent les organismes à rude épreuve, le cirque exerce un incontestable effet psychologique sur des randonneurs qui ne sont pas toujours chevronnés.  De plus, sa configuration impose la descente au fond avant la remontée.   Où le bruit des bâtons de marche au contact du rocher résonne plus qu'ailleurs, l'endroit précis où le jour s'obscurcit, où le soleil ne fait qu'une furtive apparition dans la journée.  C'est là que le mot solitude prend tout son sens.. Imaginez le cirque sans le balisage rouge et blanc du GR.  Il y a de quoi se sentir perdu en pleine montange....

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